Le Nutri-Score : constats, enjeux & perspectives

2 Fév, 2026 | Blog

Historique et contexte de mise en œuvre

 

Dans un contexte marqué par l’augmentation des maladies chroniques liées à l’alimentation (obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires), les pouvoirs publics français ont engagé, dès le milieu des années 2010, une réflexion visant à améliorer l’information nutritionnelle des consommateurs au moment de l’acte d’achat. L’objectif principal était de favoriser des choix alimentaires plus favorables à la santé, en s’appuyant sur un dispositif simple, lisible et compréhensible par le plus grand nombre.
C’est dans ce cadre qu’est née la proposition d’un système d’étiquetage nutritionnel synthétique reposant sur un code couleur. Porté en France par le professeur Serge Hercberg en 2015, ce dispositif s’est appuyé sur les expertises scientifiques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) ainsi que du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Il a été intégré juridiquement dans la loi de modernisation du système de santé adoptée en 2016, avant que le format définitif du logo, le Nutri-Score, ne soit officialisé par l’arrêté du 31 octobre 2017.

Image AGIR : Partenaire pour l'innovation, la formation et le développement dans le secteur agroalimentaire.

Le Nutri-Score s’inscrit pleinement dans les politiques publiques de nutrition et d’alimentation. En septembre 2019, le Programme national de l’alimentation et de la nutrition (PNAN), couvrant la période 2019-2023, a marqué une étape importante en regroupant pour la première fois le Plan national pour l’alimentation (PNA) et le Plan national nutrition santé (PNNS). Ce programme stratégique met notamment en avant deux axes majeurs : « une alimentation favorable à la santé pour tous » et « une plus grande confiance dans notre alimentation ». Dans ce cadre, le Nutri-Score est présenté comme un outil clé, reposant toutefois sur une adoption volontaire par les opérateurs économiques.

Parallèlement, le PNAN intègre un axe de recherche visant à approfondir les connaissances sur les liens entre alimentation, niveau de transformation des aliments et santé, notamment à travers l’étude des effets des aliments ultra-transformés.
Au niveau européen, la France a soutenu une démarche visant à harmoniser l’étiquetage nutritionnel et à rendre obligatoire un logo commun. Cependant, les États membres ne sont pas parvenus à un consensus, tant sur la forme du dispositif que sur les informations à fournir aux consommateurs. À ce jour, seuls sept pays se sont officiellement engagés en faveur du Nutri-Score : la France, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suisse.

Plusieurs États, dont l’Italie, ont exprimé de fortes réserves. Les critiques portent notamment sur le mode de calcul basé sur 100 g ou 100 ml, jugé peu représentatif des portions réellement consommées, ainsi que sur la pénalisation de certains produits dont les bénéfices nutritionnels sont par ailleurs reconnus, comme l’huile d’olive. En outre, le Nutri-Score ne prend pas en compte d’autres dimensions valorisées par certains pays ou filières, telles que les signes officiels de qualité (Label Rouge, AOP), le degré d’ultra-transformation ou la présence d’additifs (ultra-formulation).

Enjeux de santé et politiques

 

Les enjeux liés au Nutri-Score sont à la fois sanitaires, économiques et politiques. Sur le plan de la santé publique, Santé publique France met en avant plusieurs travaux scientifiques récents venant renforcer la légitimité de l’outil.
Une étude menée par l’Inserm et publiée en septembre 2024 a évalué la nouvelle version de l’algorithme du Nutri-Score. Elle montre qu’une consommation plus fréquente d’aliments classés défavorablement est associée à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires. Ces résultats confirment le lien entre la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation, telle qu’évaluée par le Nutri-Score, et les risques de pathologies chroniques.
Par ailleurs, une modélisation récente réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), comparant différents systèmes de logos nutritionnels existants, conclut à la supériorité du Nutri-Score en termes d’impact potentiel sur la santé publique. Selon cette analyse, dans l’hypothèse d’une adoption volontaire du Nutri-Score à l’échelle européenne par les 27 États membres, près de deux millions de cas de maladies non transmissibles pourraient être évités sur la période 2023-2050.

Sur le plan politique et réglementaire, le débat reste toutefois vif. En France, une proposition de l’Assemblée nationale visant à rendre l’affichage du Nutri-Score obligatoire a été introduite en 2025 dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Cette initiative a cependant été rejetée en première lecture par le Sénat, qui a invoqué une incompatibilité avec le droit européen et s’est opposé à l’instauration d’une taxation des entreprises ne respectant pas cette obligation.
Évolution de l’algorithme et impacts pour les acteurs économiques

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Le Nutri-Score poursuit un double objectif fondamental. Il vise, d’une part, à fournir aux consommateurs une information claire et immédiatement compréhensible afin de les aider à orienter leurs choix vers des produits de meilleure qualité nutritionnelle. D’autre part, il constitue un levier d’incitation pour les industriels, les encourageant à reformuler leurs produits afin d’améliorer leur profil nutritionnel.
Afin de renforcer la pertinence scientifique du dispositif, le premier algorithme de calcul a été remplacé par une version révisée à l’issue d’une réévaluation menée par un comité scientifique d’experts indépendants. Cette révision a intégré les données les plus récentes de la littérature scientifique et a cherché à améliorer la capacité du Nutri-Score à discriminer les produits au sein d’une même catégorie alimentaire.
Depuis le 16 mars 2025, les entreprises disposent d’un délai de deux ans pour se conformer à ce nouveau mode de calcul. Selon les estimations de Santé publique France, cette évolution devrait entraîner une modification du Nutri-Score pour environ 30 à 40 % des produits actuellement présents sur le marché.

Certaines catégories devraient bénéficier d’une amélioration de leur notation, notamment les poissons gras, reconnus pour leur apport en acides gras oméga-3, ainsi que certaines huiles végétales telles que l’huile d’olive, de noix ou de colza, et les fruits à coque non salés. À l’inverse, d’autres produits devraient voir leur score se dégrader, en particulier les viandes rouges, les boissons contenant des édulcorants, les produits laitiers sucrés et, plus largement, les produits riches en sucres ou en sel.
Cette évolution vers une notation plus exigeante soulève des interrogations et des tensions du côté des acteurs économiques. Elle remet notamment en question les efforts déjà engagés par certaines entreprises pour améliorer leur Nutri-Score dans le cadre de stratégies de différenciation concurrentielle. Elle pose également la question de l’adaptation des formulations, des coûts associés et de la cohérence entre les différents critères de qualité attendus par les consommateurs.

 

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Perspectives

 

Le Nutri-Score s’impose aujourd’hui comme un outil central des politiques de nutrition. Son avenir dépendra toutefois largement de l’évolution du cadre réglementaire européen, de son acceptabilité par les consommateurs, mais également de sa capacité à être compris, approprié et opérationnalisé par les entreprises.

La réussite du dispositif repose en effet sur une bonne adaptabilité aux contraintes industrielles, technologiques et économiques, ainsi que sur une visibilité suffisante des règles du jeu pour permettre aux acteurs de s’engager durablement dans des démarches de reformulation.

Entre harmonisation européenne, amélioration continue de l’algorithme et prise en compte des attentes des filières et des opérateurs économiques, le Nutri-Score demeure ainsi au cœur des débats structurants sur l’alimentation de demain.

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